| Projet de coopération Québec/Mongolie : Un livre bricolé
« Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication et la
solidarité visant à un but commun : l'épanouissement de chacun dans le
respect des différences »
Françoise Dolto
Le projet d'échange pédagogique Québec/Mongolie Un livre bricolé
a été entièrement conçu et réalisé par deux étudiantes en enseignement
du français langue seconde de l'université Laval. Pour ce faire, ces
dernières ont su s'entourer de partenaires essentiels qui les ont
encouragé et appuyé tant au niveau logistique que financier (ces
partenaires sont cités à la fin du texte). Cette volonté de faire
témoigne de la possibilité pour les jeunes de créer un projet de
coopération international pertinent qui répond à leurs besoins et à
leurs objectifs, tout en touchant un large bassin de population et en
obtenant des résultats concrets.
La réalisation de ce projet
a permis à ces deux futures enseignantes de partager dans un contexte
unique leurs connaissances théoriques et pratiques du système
d'éducation québécois ainsi que d'approfondir leurs savoirs
professionnels dans un milieu d'enseignement culturellement différent.
Elles ont par le fait même été en mesure de s'ouvrir à différentes
pratiques éducatives et d'agir dans une réalité culturelle différente,
et ce, dans un milieu précaire.
Ayant pour objectif
l'entraide, l'échange et le partage, ce projet a permis aux différents
acteurs de ce projet, tant professeurs, élèves que parents d'engendrer
des réflexions sur l'importance de l'éducation au sein d'une société,
ainsi que sur la perception de soi et de sa culture dans le monde.
Aujourd'hui,
le partage de cette expérience exceptionnelle a pour but d'insister sur
l'importance de l'éducation pour valoriser les différences culturelles
et permettre l'essor de chaque société. Car au-delà d'un agent de
communication entre les pays, le projet d'échange pédagogique Québec
Mongolie se veut une expérience internationale qui rapproche les gens
et qui combat le racisme en remplaçant la différence –qui sépare– par
la connaissance de l'autre –qui unit.
Bricoler un livre : Un livre bricolé à propos de ma réalité…
« Si j'enseigne, c'est pour apprendre » Youssef Chahine
But du projet de dessins :
Créer
un lieu de communication culturelle entre une école primaire québécoise
et une école primaire mongole à travers un projet de création et
d'échange de livres bricolés (courts textes illustrés).
Objectifs spécifiques du projet de dessins:
• Établir un premier contact significatif entre les jeunes du Québec et de la Mongolie;
• Sensibiliser les jeunes à l'identité et à la différence culturelle;
• Permettre aux enfants d'exprimer leur perception de leur culture;
•
Préparer les élèves à participer de façon éclairée à la vie sociale,
au sein d'une société démocratique, pluraliste et ouverte sur un monde
complexe;
• S'ouvrir à la diversité des sociétés et de leur territoire;
• Sensibiliser les jeunes aux différentes réalités sociales.
Méthode Pour
réaliser ce projet d'échange pédagogique, il semblait nécessaire de
créer un lien tangible entre les deux pays, un intermédiaire
intemporel, un pont entre les deux cultures, bref un moyen de
communication à la fois simple, efficace et révélateur. Dès leur plus
jeune âge, les enfants ressentent le besoin de laisser des traces de
leur compréhension du monde réel par la création d'images. Quoi de
mieux donc que le dessin et le bricolage pour permettre aux jeunes de
s'exprimer sur leur culture et d'échanger ainsi leurs « points de vues
et opinions illustrés » avec d'autres qui leur ressemblent de par leur
âge, tout en étant complètement différents de par leur culture. À la
fois expression d'une pensée et matérialisation d'une réalité
socioculturelle, ce projet de dessins permet de développer le potentiel
créateur des élèves ainsi que leur habileté à symboliser, à exprimer et
à communiquer par le biais de l'image.
Le projet consistait donc
à amener une classe du niveau primaire à créer un livre bricolé destiné
à une classe « d'une contrée lointaine et inconnue » pour parvenir à
diminuer la distance qui les sépare et pour la remplacer par la
connaissance et la reconnaissance de l'existence de l'autre.
Les
thèmes abordés dans le recueil de dessins ont été sélectionnés d'avance
par les jeunes et sont en lien avec l'univers des enfants. Ainsi,
l'élève aura l'occasion de réaliser ses propres images: il
s'appropriera une démarche de création, il exploitera des propositions
variées et les multiples possibilités de matériaux adaptés et
d'éléments du langage plastique. De plus, la réalisation de créations
plastiques médiatiques lui permettra de s'interroger et de prendre
conscience de la fonction de communication de l'image visant un ou des
destinataires. Enfin, il apprendra à exercer son esprit critique et à
développer son sens esthétique en appréciant non seulement ses
réalisations et celles de ses camarades, mais aussi des oeuvres d'art,
des objets culturels et des images médiatiques tirés de l'histoire et
du patrimoine artistique d'hier et aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs.
Ministère de l'éducation du Québec, Le système scolaire Québécois, septembre 2004 http://www.meq.gouv.qc.ca/
Les
élèves québécois et mongols, en collaboration avec les enseignants et
nous, ont tout d'abord eu à décider de leur méthode de travail. Ils
ont déterminé entre autre la composition des équipes de travail, les
thèmes abordés, le matériel utilisé pour la confection du recueil, la
manière d'illustrer ces thèmes et la façon de diviser le recueil. Ils
ont aussi décidé d'ajouter un court texte de présentation au début
ainsi que de courts textes sous chaque thème. Toujours sous la
responsabilité des élèves, d'autres décisions ont été prises telles le
partage du temps et des tâches ainsi que la correction des esquisses
pour finalement arriver à illustrer le tout et le rassembler sous forme
de recueil.
La traduction mongole a été intégrée au livre
québécois afin que ce matériel soit exploitable en salle de classe.
Les élèves mongols ont ensuite poursuive cet échange. Ce projet nous a
donc servi de support d'approche pédagogique avec les enseignants des
deux cultures dans le but d'observer et d'échanger sur les diverses
façons d'exploiter les matériels pouvant servir à l'éducation.
Le projet de livre bricolé rencontre les axes suivants :
Domaines généraux de formation visés
• Vivre ensemble et citoyenneté; • Orientation et entreprenariat; • Environnement et consommation.
Compétences transversales ciblées :
• Exploiter de l'information; • Exercer un jugement critique; • Mettre en œuvre sa pensée créatrice; • Se donner des méthodes de travail efficaces; • Structurer son identité; • Coopérer; • Communiquer de façon appropriée.
Thèmes abordés pour la conception du Livre bricolé à propos de ma réalité :
• L'identité culturelle; • La famille / Le quotidien; • La ville / Le pays; • Le rythme de vie; • L'environnement scolaire; • L'avenir.
Étant
étudiantes en enseignement du français langue seconde, un tel projet
s'inscrivait tout à fait dans notre cheminement scolaire universitaire
et nous a permis de perfectionner nos acquis théoriques et d'être en
mesure d'appliquer ces principes à des situations pratiques et
concrètes. Le bien-fondé de ce projet résidait dans la possibilité
d'acquérir de nouvelles habiletés essentielles à la pratique de
l'enseignement et d'accumuler des expériences nouvelles qui nous ont
permis de remettre en perspective nos acquis antérieurs. Il n'y a aucun
doute que ce projet fut une expérience pertinente et formatrice pour
nous, mais aussi pour les divers acteurs qui ont pris part de près ou
de loin à cette l'expérience.
La démarche Dans
un premier temps, nous avons rencontré l'équipe pédagogique de l'école
St-Jean-Baptiste. Avec madame Daigle, enseignante en troisième année,
nous avons établi un plan de déroulement des ateliers et réparti les
tâches. Toutes les rencontres avec les jeunes ont été préalablement
approuvées par l'enseignante et se sont déroulées conformément aux
objectifs du nouveau programme du MEQ. Par la suite, les ateliers se
sont succédés jusqu'à l'accomplissement du projet. Le calendrier de
nos visites à Saint-Jean-Baptiste et la démarche utilisée en classe
sont détaillés dans le rapport de projet complet. Dans le but
d'obtenir un portrait global des différentes approches pédagogiques
possibles au Québec, nous avons également réalisé des observations à
l'école primaire St-Malo, dans le quartier précaire St-Malo/St-Sauveur.
Le rapport de ces observations est également présenté dans le rapport
de projet.
En Mongolie, les observations se sont déroulées à
l'école de Bayantsogt dans les niveaux 2 à 10. Notre présence étant
très désirée dans toutes les classes, nous avons eu la chance de
pouvoir assister à plusieurs cours et réunions de l'école. Nous avons
donc choisi de faire part des points majeurs de ces différentes
rencontres et de nos observations de la démarche et du déroulement des
cours dans le rapport de projet complet, en plus d'y inclure des
renseignements sur la nouvelle réforme et sur le matériel utilisé en
classe.
Impact et résultats Il
est difficile d'évaluer concrètement les effets de ce projet chez les
jeunes. Toutefois, nous avons pu remarquer que, autant chez les
québécois que chez les mongols, le projet a suscité des réflexions sur
la différence et la diversité culturelle. Nous avons aussi
constaté que l'éducation à la diversité culturelle est importante dans
le développement de l'ensemble des sociétés, car elle prévient
l'ethnocentrisme. Par le fait même, elle amène une prise de conscience
de la diversité du monde actuel : les choses sont différentes ailleurs,
mais aussi ces différences ont leurs raisons d'être et sont aussi
acceptables que nos réalités respectives.
Les jeunes ont fait
preuve d'une grande maturité face à la différence lorsqu'ils ont
découvert la culture étrangère. Ils ont posé beaucoup de questions, se
sont montrés très ouverts et respectueux. Ils ont accepté que
certaines coutumes soient différentes des leurs. Ceci indique qu'une
sensibilisation en bas âge à la différence culturelle est essentielle
car les idées préconçues véhiculées par l'entourage ne sont pas encore
acceptées comme entièrement véridique et un refixage des réalités
interculturelles est plus facile et possible.
Lors des
ateliers de création du livre bricolé, les jeunes, tant mongols que
québécois, ont posé beaucoup de questions sur la culture étrangère :
En Mongolie :
• Ont-ils des chevaux comme ici? • Qu'est-ce qu'ils mangent? • Y a-t-il le même genre de Montagne au Québec qu'en Mongolie? • Est-ce que les vaches laitières ont les mêmes caractéristiques que les nôtres?
Au Québec :
• Fêtent-ils Noël? • Est-ce qu'il y a des pommiers en Mongolie? • Est-ce qu'on peut les téléphoner?... Ont-ils le téléphone dans leur village?
Ce
projet a aidé à préparer des jeunes à contribuer au développement et à
l'épanouissement de leur nation respective par le biais de l'ouverture
sur le monde. De plus, ce projet a répondu à la nouvelle mission de
l'école primaire québécoise, c'est-à-dire qu'il « crée un environnement
dans lequel l'élève s'approprie la culture de son milieu, poursuit sa
quête de compréhension du monde et du sens de la vie et élargit
l'éventail de ses moyens d'identification et d'adaptation à la société»
Ministère de l'éducation du Québec, Le système scolaire Québécois,
septembre 2004 http://www.meq.gouv.qc.ca/ Ce projet a également
joué un rôle d'agent de cohésion en contribuant à l'apprentissage du
vivre-ensemble et au développement d'un sentiment d'appartenance à la
collectivité. Les jeunes, tant mongols que québécois, ont pris
conscience des richesses et des particularités de leur culture
respective. Cette reconnaissance de soi est indispensable à la
création d'une nation unie et consciente de sa force et de son
patrimoine.
Nous avons pu remarquer lors des deux présentations
des Livres bricolés que les idées préconçues des jeunes face aux
cultures étrangères ne sont pas toujours représentatives de la
réalité. Par exemple, les mongols ont été surpris de constater que le
Québec a beaucoup de caractéristiques géographiques semblables aux
leurs. Les enfants québécois, en inférant les images qu'ils allaient
voir lors de la présentation de photos de l'école et du village en
Mongolie, croyaient qu'ils allaient voir les mêmes types d'habitation
qu'un village au Québec, des voitures, des routes asphaltées, etc.
C'est
par ces réactions perceptibles qu'il est possible de constater que le
projet d'échange de livre culturel eut un impact sur la représentation
du monde chez ces jeunes.
Les retombées concrètes Les
retombées concrètes de ce projet sont multiples et s'appliquent à
divers degrés. Les premiers à bénéficier des résultats concrets sont
les élèves des classes primaires, québécoises et mongoles. Au-delà de
la réalisation matérielle du livre bricolé, les élèves ont dû tout au
long du processus d'écriture et de dessin se questionner sur leur
environnement immédiat, leurs coutumes, leurs habitudes et sur la façon
dont ils veulent représenter leur culture dans le monde. Par le biais
de cette démarche, des réflexions personnelles sur l'identité
culturelle émergent, ainsi que sur l'importance qu'ils accordent à
cette identité, sur ses particularités et sur la place qu'elle occupe
dans leur quotidien. Les élèves en sont venus ainsi à se définir par
rapport à l'autre et à établir des critères de différences, mais
également de similitudes entre eux. Cela leur permet de constater que
certains concepts sont universels, alors que d'autres leurs sont
propres.
Les parents, les amis et les divers acteurs de
l'équipe-école sont également renseignés sur le projet par l'élève et
aident l'enfant à cheminer dans son processus de réflexion. Ce
microsystème est lui aussi amené à engendrer une réflexion sur sa
culture, mais aussi sur l'importance de l'éducation au sein d'une
société et sur la place qu'on lui accorde.
Outre les élèves et
leur environnement immédiat, la communauté profite elle aussi des
retombées de ce projet. La communauté québécoise pourra profiter de la
diffusion du projet par le biais de conférences, d'exposition de photos
et d'ateliers pour découvrir le pays méconnu et mythique qu'est la
Mongolie. Lors de ces rencontres, le public visé est large, comme les
écoles, les maisons de la culture, les regroupements multiethniques ou
universitaires, ce qui rend l'information accessible à toutes les
sphères de la communauté.
Si le compte-rendu du projet-voyage
s'adresse à tous, le compte rendu à visée pédagogique expliquant les
rouages du projet vise une clientèle plus spécialisée comme les
universitaires, les enseignants et les futurs enseignants. Un objectif
ultime est alors visé : que le prototype de ce projet soit
éventuellement repris par d'autres à des fins d'échanges
pédago-culturels avec divers pays, permettant ainsi d'allier les
matières scolaires, la pratique de l'écriture et les arts plastiques, à
la réflexion culturelle et sociale, à l'ouverture sur le monde et à la
connaissance de l'autre. La création d'une trousse pédagogique pour les
échanges interculturels comprenant dossiers, vidéo, matériels utilisés
ainsi que les suggestions et commentaires fait donc parti des buts de
ce projet.
Si vous avez des interrogations ou des commentaires, n'hésitez pas à nous contacter:
Nancy Fall et Marianne Dubé projetquebecmongolie@hotmail.com
Remerciement à nos partenaires
Nous
tenons à remercier officiellement tous nos partenaires. Sans leurs
appuis tant financiers que logistiques, notre projet n'aurait jamais pu
se réaliser. Ces partenaires audacieux ont compris que c'est par
l'intermédiaire de petits projets que l'on peut faire bouger les choses
et faire changer les mentalités. L'éducation à la diversité culturelle
par le biais d'actions concrètes permet aux jeunes de se reconnaître et
de reconnaître l'autre comme membre d'une collectivité diversifiée, une
reconnaissance qui est indispensable à la création d'une nation unie,
ouverte sur le monde et consciente de ses forces et de son patrimoine.
Merci à (en ordre alphabétique) :
ABEFLS (association des étudiants-es en enseignement du français langue seconde de l'Université Laval)
CADEUL (confédération des étudiants-es de l'Université Laval)
Caisse Populaire Notre-Dame-du-Chemin, à Québec
Centre RIRE 2000
Comté de Taschereau
École de Bayantsogt, en Mongolie
École primaire Saint-Jean-Baptiste, à Québec
École primaire Saint-Malo, à Québec
Fondation Dufresne-Gauthier
Khamtaar-Faire Ensemble
Ordre Loyal des Mooses de Sept-Iles
Université Laval, Bureau International
Merci à nos partenaires de promotion/diffusion du projet (en ordre alphabétique) : CHYZ (station de radio de l'Université Laval)
Journal Impact Campus
Journal Fil des événements
Khamtaar-Faire Ensemble
Radio communautaire de la ville de Québec CKIA 88,3 FM (dans le cadre de l'émission 10.11.7.77 animée par les jeunes de 5ième année de l'école Fernand-Séguin)
Radio de Radio-Canada (l'émission Lamarche le matin)
UB Post (journal anglophone d'Ulaan-Baatar, capitale de la Mongolie) http://ubpost.mongolnews.mn/
Université Laval
auteur ; Marianne Dubé & Nancy Fall (2006-02-16) Date : 2007-12-17
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